Comment faciliter la mobilité des ruraux dépendants à la voiture ?
LE COURRIER DES MAIRES - Hugo Soutra (Congrès des maires 2019) - 21/11/2019
Face à la prégnance de la voiture individuelle, les élus des territoires peu denses sont invités à développer au plus vite l’offre de transports publics. Avant de mener la lutte contre les effets pervers – tant financiers et sociaux qu’environnementaux – de l’autosolisme, et demander à leurs concitoyens d’adapter leurs comportements, mieux vaut se mettre à niveau, ont convenu experts et élus locaux lors du Congrès des maires ce 22 novembre.
Un an après, la crise des Gilets jaunes opérerait-elle en silence au point de changer les mentalités des élus locaux ? Affirmatif, si l’on en juge par leur affluence au cours de l’atelier « Mobilités en territoire peu denses » du Congrès des maires. Oui, également, si l’on en juge par l’intérêt suscité par la loi d’orientation des mobilités (LOM) votée la veille et qui devrait être promulguée d’ici le début de l’année 2020. C’est peu dire qu’elle tombe à pic : un certain nombre d’élus intercommunaux lorgnent de près sur une de ses dispositions, permettant aux communautés de communes de se muer en autorité organisatrice des mobilités (AOM). Par ce biais, le gouvernement table sur un développement massif de l’offre de transports du quotidien dans les territoires diffus.
« La voiture individuelle reste nécessaire dans un certain nombre de zones blanches de la mobilité, qui nourrissent des ruptures territoriales et sociales de moins en moins acceptables » reconnaît au préalable Michel Neugnot, président de la commission Transports de Régions de France, dans une allusion au dernier mouvement social ayant mis les ronds-points sens dessus dessous. « La voiture individuelle est un mal nécessaire » rectifie Bruno Duchemin, membre de la section Aménagement durable des territoires du Cese, au titre de la CFDT : « N’oublions pas que de nombreux ménages sont prisonniers de leurs véhicules, et y consacrent parfois jusqu’à un tiers de leurs SMIC péniblement gagnés. L’alternative à la voiture, aujourd’hui, dans nombre de territoires ruraux, c’est la voiture ! »
Raison de plus, selon lui, pour garantir sans plus tarder l’accès à une mobilité durable. « C’est déjà un droit, mais il vous faut désormais le rendre effectif, partout, pour tous, les jeunes adolescents n’ayant pas encore le permis, les personnes âgées comme les femmes travaillant sur des horaires décalés. La LOM pose un cadre, mais c’est vous qui la mettrez en œuvre et changerez le quotidien de vos concitoyens » insiste Bruno Duchemin, pour autant soucieux de ne pas opposer les modes de transports les uns aux autres.
Activer les dotations régionales et le versement mobilités
Actif sur le territoire de huit EPCI dont Amiens Métropole et une autre communauté de communes s’étant déjà faites autorités organisatrices des mobilités, le syndicat mixte du Pôle Métropolitain du Grand Amiénois étudie la possibilité de s’emparer de cette compétence. « Nous pourrions alors généraliser le Plan de mobilités rurales déjà expérimenté à l’ensemble de notre territoire, qui rassemble 400 000 habitants sur deux tiers du département de la Somme. Ce plan d’actions est un axe essentiel de notre futur projet de territoire pensé dans la droite ligne de nos politiques d’accompagnement à la revitalisation des centre-bourgs. »
Pour Frédéric Charley, directeur du pôle métropolitain, le développement de l’offre de transports est utile tant pour la planète que pour la vitalité du territoire, ainsi que la santé et le porte-monnaie de ses habitants… « Les transferts financiers de la région ainsi que le versement mobilités nous permettraient de créer une alternative sérieuse à la voiture individuelle mêlant train, bus, covoiturage et vélos. Car il nous faut créer une offre digne de ce nom et apporter le niveau de services attendu par nos habitants pour inciter les automobilistes à laisser leurs voitures aux garages. Leur demander de modifier leurs modes de déplacement en se contentant de faire circuler deux cars matin et soir ne serait pas crédible. »
Penser au-delà des seuls moyens de transport
Aux intercommunalités qui font le choix de devenir AOM, donc, de déterminer les solutions les plus pertinentes pour répondre au plus près des besoins de leurs habitants. Si cela peut évidemment passer par un réseau de transports en commun, le ministère des Transports songe plutôt, en réalité, à un bouquet d’offres diversifiées et parfois complémentaires si l’on en juge par la « boîte à outils » mise à la disposition des élus : transport à la demande, co-voiturage, autopartage, mobilités actives et douces, etc…
« Nous avons mis à disposition des vélos électriques, après avoir incité les maires rénovant leurs centres-bourgs à développer des plateformes intermodales de mobilités. Le ministère nous accompagne également pour expérimenter l’auto-stop solidaire » illustre d’ores et déjà Gilles Rault, maire-adjoint de la commune déléguée de Saint-Gouéno (Côtes d’Armor) : « l’intercommunalité est évidemment légitime pour accompagner nos concitoyens, qui se déplacent aujourd’hui quasi-exclusivement et sont pour la plupart des autosolistes. Nous avons la responsabilité de provoquer une révolution culturelle et un changement de leurs comportements. Mais le problème des infrastructures ou de l’insuffisante offre des transports n’est qu’une porte d’entrée qui doit nous conduire à penser un projet de territoire plus global, transversal. Il nous faut également parler de lien social, de brassage de nos populations et de vivre-ensemble. »
Aux intercos de saisir l’opportunité
Si Gilles Rault et ses collègues semblent tentés de profiter de la LOM pour aller plus loin, en transformant leur intercommunalité en AOM d’ici fin 2020, les questionnements sont encore nombreux avant de franchir le pas. Car s’emparer de la compétence Transports n’a rien d’une formalité administrative mais renvoie à un véritable choix politique. « Mes homologues me rappellent régulièrement que nous sommes confrontés à certaines problématiques financières. Accessoirement, le travail sur les mobilités mérite d’être mené à l’échelle communautaire comme régionale car l’espace de vie de nos habitants ne s’arrête pas à nos frontières intercommunales. »
« La question du coût de cette compétence fait beaucoup parler, mais les AOM disposent de plusieurs sources de financement : tarification des transports avec la participation plus ou moins symbolique des usagers, subventions directes des collectivités, versement mobilités, etc… » tente de rassurer Hervé Brulé, haut-fonctionnaire du ministère des transports et de la transition écologique. « Vous pouvez également compter sur tous les systèmes de coopération plus ou moins intégrés promus par la loi, entre bassins de mobilité grâce à des conventions de coordination entre AOM voire même à l’échelle au-dessus, à travers un syndicat mixte ou un PETR. Si les intercommunalités ne se saisissent pas de la compétence, ce rôle reviendra automatiquement aux régions. »
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